Les troubles de la mémoire concernent un nombre croissant de personnes et la maladie d'Alzheimer à elle seule touche près de 1 million de personnes en France.
Partant de ce constat, de nombreux chercheurs s’intéressent à ce sujet et notamment à l’hippocampe ; étant, en tant que creuset de la mémoire, la première zone atteinte chez les malades d’Alzheimer.
En effet l'hippocampe est une petite zone du cerveau située dans le lobe temporal (derrière les tempes) et est associé au rappel des souvenirs et à l'anticipation d'événements futurs, mais aussi à la représentation et à l'orientation dans l'espace qui nous entoure.
Dès les années 1970, les chercheurs ont remarqué que l'hippocampe servait donc notamment de système de navigation et, à partir de là, des chercheurs britanniques ont ainsi constaté que les chauffeurs de taxi londoniens, habitués à se déplacer dans le labyrinthe de la ville, étaient pourvus d'un hippocampe droit surdéveloppé.
Dans les années 1980, on s'est ensuite aperçu que l'hippocampe jouait également un rôle essentiel dans la gestion de la mémoire à court terme, celle qui retient un numéro de téléphone le temps de le composer ou le nom d'une personne rencontrée pour la première fois.
De nos jours, les chercheurs commencent seulement à comprendre, avec une relative précision, comment les souvenirs s'inscrivent dans le cerveau, sous la forme d'une trace laissée par le passage d'un influx nerveux dans les synapses. Plus ce circuit est réactivé souvent, plus il se renforce et s'inscrit profondément dans la mémoire, d’où la caution donnée aux logiciels d’entraînement cognitifs comme le programme M.F.
Ce phénomène de consolidation peut prendre entre quelques jours et quelques années. Il s'effectue essentiellement pendant la nuit. Cette fois encore avec la complicité de l'incontournable hippocampe et grâce à l’impact du sommeil sur la mémoire
En branchant des électrodes dans le cerveau de souris se déplaçant pendant la journée dans un labyrinthe, des neurologues américains ont constaté que l'hippocampe des rongeurs endormis rejouait en boucle - et à toute vitesse ! - les parcours empruntés à l'état éveillé. Parfois même à l'envers ! C'est cette répétition nocturne qui permet au chauffeur de taxi d'engranger le plan d'une ville.
En effet, les chauffeurs de taxi londoniens sont considérés comme des experts de la navigation spatiale. Ils subissent un entraînement intensif de deux ans en moyenne (sanctionné par un examen très strict) qui leur permet d'acquérir une excellente connaissance du réseau complexe des rues de la ville. Faisant l'hypothèse que les structures nerveuses responsables de la navigation spatiale seraient particulièrement développées chez ces chauffeurs de taxi, une équipe de chercheurs de l’University College de Londres a récemment étudié les caractéristiques de leur cerveau en utilisant la technique d'IRM structurale. Cette technique permet d'obtenir des images anatomiques du cerveau où l'on peut déterminer avec une grande précision les caractéristiques morphologiques des structures nerveuses.
Une comparaison des images obtenues chez des chauffeurs de taxi avec celles de sujets n'ayant jamais eu un entraînement similaire a permis de montrer que les chauffeurs de taxi ont un hippocampe postérieur plus développé que celui des sujets témoins. Il semble donc que l'hippocampe postérieur joue un rôle important dans l'acquisition d'une représentation spatiale et que l'entraînement intensif des chauffeurs de taxi ait pour effet de renforcer cette structure. De plus, sa taille est corrélée à la durée de l'expérience professionnelle du conducteur, ce qui signifie que les modifications de volume observées sont la conséquence d'un apprentissage spécifique et non une caractéristique structurale préétablie.
Enfin, des chercheurs de l'université de Lübeck, en Allemagne, ont montré que la phase de sommeil profond (pendant laquelle les neurones du néocortex sont parcourus par des ondes lentes et amples) sert essentiellement à consolider la mémoire explicite, celle que l'on peut verbaliser. Alors que la phase du sommeil paradoxal (pendant laquelle le cerveau est proche de l'état éveillé avec des mouvements rapides des yeux) est surtout dévolue aux souvenirs émotionnels et aux automatismes moteurs.